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Becquet ValĂ©rie & Musselin Christine (2004). Variations autour du travail des universitaires. Paris : Etats GĂ©nĂ©raux de de la Recherche et de l'Enseignement SupĂ©rieur. En ligne : <http://cip-etats-genera ... du_travail_des_univ.pdf>. 
Added by: Deleted user (01 Jan 1970 01:00:00 Europe/Paris)   Last edited by: Laure Endrizzi (03 Sep 2007 13:19:50 Europe/Paris)
Resource type: Report/Documentation
BibTeX citation key: Becquet2004
Categories: Enseignement supérieur
Keywords: profession universitaire
Creators: Becquet, Musselin
Publisher: Etats Généraux de de la Recherche et de l'Enseignement Supérieur (Paris)
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URLs     http://cip-etats-g ... avail_des_univ.pdf
Abstract     
Valérie Becquet et Christine Musselin choisi explorent le métier d'enseignant du supérieur à travers quatre disciplines (histoire, gestion, biologie et physique) dans douze départements ou UFR différents, et sur la base d'une centaine d'entretiens avec des enseignants-chercheurs titulaires (maîtres de conférences ou professeurs). Quatre « variations » autour du travail des universitaires ont retenu leur attention : variations autour du rapport à l'environnement, autour de la division du travail, autour des trois tâches (recherche, enseignement, administration) et enfin autour de la carrière.

Si l'on pouvait imaginer que la « liberté » académique des universitaires les mettait au moins à l'abri de toute dépendance économique et institutionnelle, les observations des deux auteurs concernant le rapport à l'environnement amènent à reconsidérer le mythe.
Certes, les situations différent entre disciplines et selon la nature -enseignement ou recherche- des activités. Les biologistes et physiciens sont en situation récurrente de recherche de crédits et de financement, souvent par réponse à des appels d'offre ou par montage de projets avec des partenaires extra-universitaires. Or cette course aux moyens, déjà dévoreuse de temps et d'énergie, pèse visiblement sur l'agenda de leurs recherches, en les amenant à modifier des sujets.

L'environnement pèse également par le biais de la concurrence internationale sévère dans laquelle sont engagés tous les laboratoires de ces disciplines, concurrence scientifique bien sûr, mais aussi liée à des enjeux économiques (dépôt de brevets par exemple), qui conditionne parfois l'accès même aux grands équipements de recherche (ex. synchrotron).
Enfin, ces scientifiques doivent veiller à se préoccuper du recrutement de personnes indispensables au fonctionnement des laboratoires (stagiaires, doctorants, post-doc et techniciens) avec une attention particulière pour attirer des thésards, dont l'apport est indispensable pour assurer une production scientifique vivante.

A l'inverse, les historiens semblent bien éloignés de telles contingences : choisissant en toute liberté leurs sujets, travaillant généralement de façon solitaire, suivant des thésards qui travaillent rarement sur le même thème, leur principale préoccupation est avant tout l'accès aux sources. Pourtant, cette absence de contrainte due à la faiblesse de financements et de moyens matériels a son revers : les recherches doivent impliquer des coûts financiers modestes, car ils sont généralement pris en charge directement par le chercheur (y compris parfois les déplacements et les séjours sur le terrain d'étude) !

Quant aux gestionnaires, solitaires comme les historiens, leurs recherches sont en revanche très liées à l'environnement économique car la plupart du temps issues de sollicitations d'entreprises et d'organisations.

En matière d'enseignement également, les diverses disciplines ne connaissent pas la même situation. Les physiciens subissent une conjoncture de diminution des effectifs qui pose problème et les amène à dépenser des efforts pour améliorer l'attractivité de leur discipline, alors que les gestionnaires doivent au contraire gérer un afflux de demande de formation, les autres disciplines se trouvant dans des situations plus calmes, puisque les biologistes compensent des pertes d'effectifs par une diversification des formations professionnelles pendant que les historiens sont essentiellement confrontés au décalage entre la tradition académique de la filière et les nouveaux publics étudiants (jugements sur la « baisse de niveau »).

Second type de variation, la division du travail étudiée vise, pour les auteures, la répartition des activités d'enseignement, de recherche et d'administration entre catégories de personnels enseignants. Traditionnellement, le modèle commun dans les mentalités universitaires attribue aux professeurs un rôle d'animation en matière de recherche et des responsabilités administratives qui les distinguent des maîtres de conférences. En fait l'enquête souligne que les caractéristiques des départements d'une part, et celle des disciplines d'autre part, peuvent faire varier cette répartition des tâches de façon considérable, sans oublier les choix personnels (choix de carrière par exemple).
On peut ainsi trouver un département d'histoire à tradition très participative, où la division des tâches est inexistante, pendant qu'un autre, au fonctionnement très hiérarchique, distingue fortement les tâches des professeurs (cours magistraux, directions de recherche...) de celles des maîtres de conférences (TP, TD, par de direction de travaux d'étudiants...).

Si l'on met de côté les variations disciplinaires pour une lecture plus verticale en fonction des activités, il apparaît que l'activité où la division du travail entre professeurs et maîtres de conférences et la plus ancrée est l'administration (direction de diplômes, de laboratoires...),alors que l'enseignement et surtout la recherche sont moins influencées par l'expression des différences statutaires.

Néanmoins, l'étude de V. Becquet et C. Musselin souligne également que les tâches invoquées recouvrent des réalités différentes derrière des mots semblables.

Ainsi, les physiciens et les biologistes partagent des activités d'enseignement fortement coordonnées (préparation des cours, TP et TD), souvent critiquées pour le temps qu'elles absorbent au détriment de celui consacré à la recherche.
Les historiens passent également beaucoup de temps à préparer leurs cours (dont ils changent fréquemment le contenu), surtout s'ils assurent la lourde préparation aux CAPES et à l'agrégation, mais cette activité est essentiellement solitaire. Ils ne se plaignent pas de la même façon de cet investissement, dans la mesure où le temps de la préparation du cours n'est pas radicalement séparé du temps de la recherche : plus que leurs collègues des sciences dures, les historiens considèrent leur identité d'enseignant imbriquée dans celle de chercheur.

Les gestionnaires ont également une importante charge d'enseignement, du fait de la demande sociale, avec beaucoup d'heures complémentaires, mais leurs cours sont relativement standardisés et stables, peu coordonnés entre « domaines » (par ailleurs cloisonnés et hiérarchisés) et les préparations prennent en général moins de temps que dans les autres disciplines abordées.

Les enseignants des quatre disciplines n'ont pas non plus le mĂŞme rapport Ă  la recherche.

Pour les physiciens et les biologistes, elle est collective et constitue le coeur du métier. Elle se compose non seulement de sa propre contribution scientifique, mais aussi de ses activités de direction de doctorants comme des activités de recherche de ressources, de rédaction de projets ou de réponses à des appels d'offre, au point que toute autre activité (enseignement, administration) apparaît en concurrence permanente avec les activités de recherche.

Largement solitaire et essentiellement dépendante de l'accès aux ressources (documents, archives, personnes...), la recherche en histoire n'a pas ce caractère d'urgence et de concurrence d'avec l'enseignement.

Pour les gestionnaires, c'est la définition même des activités de recherche qui pose problème, dans la mesure où elles sont très différentes selon les domaines couverts, et où une réelle tension existe entre les critères académiques de recherche très normés et des pratiques de recherches parfois plus proches de la « recherche-action » voire concurrencées par des activités de conseil, dans une discipline où le passage au professorat repose par ailleurs sur le passage de l'agrégation du supérieur.

Pour ce qui concerne l'administration (direction de diplômes et départements, administration de la recherche, mandats dans les instances...), enfin, les enseignants de physique et de biologie se différencient nettement des historiens et gestionnaires. Pour les premiers, l'ajout de l'administration de l'enseignement aux mandats et surtout à une administration de la recherche de plus en plus lourde est clairement jugée envahissante, alors que les historiens et les gestionnaires, s'ils subissent aussi une augmentation des charges administratives, n'en souffrent pas dans la même proportion, ne serait-ce que parce-que les activités administratives de recherche sont incomparablement moins complexes et nombreuses.

Enfin, V. Becquet et C. Musselin abordent les variations autour de la carrière, dont les déroulements sont très différents selon les disciplines.
Ainsi, en gestion, le début de carrière avec l'obtention d'un poste de maître de conférence est rapide et facilité par le développement de l'offre de formation dans la discipline. En revanche, l'avancement est essentiellement soumis à la condition de passer l'agrégation du supérieur, qui semble de facto plutôt réservée aux jeunes. Elle nécessite une stratégie de « bête à concours » qui sépare clairement ceux qui ont fait le choix de progresser vite et tôt dans la carrière et ceux qui y ont renoncé, suscitant parfois des critiques quant à ce modèle qui ne récompense pas l'investissement collectif et fige les statuts très tôt.

En physique et en biologie, la carrière est plus progressive. La concurrence entre jeunes chercheurs entraîne une hausse continue du niveau scientifique, et il est rare de devenir maître de conférence sans passer au préalable par des périodes d'ATER ou de Post-Doc. Par la suite, le passage de l'Habilitation nécessite de se dégager des tâches d'enseignement et d'administration, ce qui implique souvent une stratégie très volontariste et une organisation du travail très stricte.

Comme en gestion, les historiens doivent souvent passer une agrégation (en plus de leur thèse) pour devenir maîtres de conférences, mais il s'agit en l'occurrence de celle du secondaire, qui est toujours prise en compte comme le facteur déterminant pour départager les différents candidats. Sauf rares exceptions, la carrière commence donc par un passage dans le secondaire qui retarde d'autant l'entrée dans le supérieur. Pour accéder au professorat, il faut ensuite une habilitation à diriger des recherches, qui représente ici « un travail de recherche original, une sorte de seconde thèse avec une nouvelle recherche ». D'où la conclusion logique que l'entrée dans la fonction et l'accès à celle de professeur sont plus tardives que dans les autres disciplines.
Added by: Laure Endrizzi  Last edited by: Laure Endrizzi
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